Pollution : et maintenant, que fait-on vraiment ?

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Plusieurs infos sortent ces temps-ci : par exemple le fait que Google va créer une carte de la pollution, ou plus simplement une carte proposant de déterminer la qualité de l’air. (Plus de détails.)
Très bien, mais on sait depuis longtemps que l’on respire mal. Par ailleurs, il existe déjà des baromètres plus ou moins fiables (de type Air Parif) qui nous renseignent en ligne.

De même, une société commercialise un bracelet “Exposome” qui traque la pollution environnante et vous résume ce qu’il en est.
Très bien. Mais on sait déjà que l’on vit dans le “caca”.
Et ensuite ?
On aurait préféré à la place une batterie d’outils qui nettoient tout ça ; le premier de ces outils étant la conscience elle-même de nos actes.
Non, vraiment, c’est chouette d’être précisément informé, à la virgule près, du taux de bysphénol A et B ou de mercure, qui coule dans nos veines. Ça aide vachement. D’autant que ce n’est pas nouveau.

Tchernobyl, Fukushima… et demain ?

Aujourd’hui, on semble découvrir qu’en fait, Tchernobyl n’est pas qu’un souvenir lointain – la catastrophe va avoir 30 ans en 2016 : en effet, en France, il existe encore des lopins de terre où la radioactivité prend toutes ses aises, notamment du côté du Parc du Mercantour. La Corse a beaucoup pris également, mais on ne doit pas parler du taux de cancers de la tyroïde advenus depuis, comme par hasard…

Car, oui, le nuage était bien passé sur la France… Un enfant aurait même pu comprendre sa progression en observant une carte jour après jour. La Bretagne a été la plus “épargnée” dans l’histoire, avec un passage léger (littoral), en mai, par un temps clément (soleil), sans une pluie risquant de plaquer au sol des éléments invisibles mais néanmoins indésirables.

Et que dire des cultivateurs en bio dont le terrain est entouré d’immenses parcelles “pesticidées”, dont la direction des vents se moque bien. Soyons sérieux plus de deux minutes, s’il vous plaît !

Déchets, pollution, chimie : un problème purement humain

La pollution, engendrée par les activités humaines (déchets invisibles, incolores, inodores ou pas), au début, on ne voulait pas la voir, on la mettait sous le tapis. On ouvrait des décharges à ciel ouvert, mais dans un coin perdu, en dehors de la ville. Et puis avec les décennies et la multiplication de la production, parallèle à une démographie galopante (poussée à consommer frénétiquement qui plus est), l’envahissement de ce qui constitue l’impact de nos activités nous a peu a peu confrontés à l’envers du décor qui était déjà en train de salir la planète et indirectement de nuire à notre santé. Mais pas question de faire le rapprochement…

Après quelques discours et manifestations au cours des années 70, il a fallu attendre le début des années 90 pour voir apparaître la contradictoire notion de “développement durable”, pirouette sémantique qui sous-entendait que l’on continuât notre développement. La remise en question environnementale a mis beaucoup de temps à s’installer pour finalement accoucher d’une famille de souris, sous la forme de mesurettes annuelles et souvent inadaptées, fleurissant au détour d’une pré-campagne. Quel cirque !

Je me souviens encore du concept d’Agenda 21 : aujourd’hui, quelques communes l’ont signé et mis en place, mais pas toutes. Certains maires n’en n’ont même jamais entendu parlé ! Le temps de réactivité face à l’urgence est au niveau zéro. Et pour cause. La tâche est si gigantesque !

AINSI, POUR ÉVITER LE MUR, IL FAUDRAIT DÈS CETTE SECONDE ET DANS LE MONDE ENTIER :

  • arrêter toute centrale à charbon ;
  • arrêter d’utiliser tout véhicule à moteur non électrique ;
  • arrêter toute utilisation de produits chimiques dans n’importe quelle circonstance.

C’est quasiment impossible. Il faudrait avoir mis en place toutes les alternatives (soleil, hydro, énergie autonome, humaine, etc.). On sait le faire, mais depuis des décennies, même si cela se développe, on n’a pas grand-chose de majeur (toujours la même raison de rentabilité à court-terme).

C’est donc d’une part et principalement une question de volonté, et d’autre part une question de culture, j’allais dire plutôt une question de nature (humaine hein). Quand on voit la queue de Bonobos devant les Apple stores pour être le premier avoir l’iphone 6, 7, 8, 9, 10… On n’est pas prêt de changer.

Constats, données, calculs : pourquoi faire ?

Mais tout ceci reste des données. Une fois que l’on sait (or, on sait depuis longtemps), que fait-on vraiment ? L’industrie automobile se porte comme un charme aux États-Unis (notamment la vente de 4×4), les centrales à charbons continuent de tourner, la plupart des vacanciers au volant continuent de laisser derrière eux des déchets en plein nature, sur la plage, ou jetés par la vitre de leur sacro-sainte bagnole.
Alors ? Les produits chimiques sont toujours en vente dans les rayons des supermarchés dont la seule raison de vivre est de faire la plus grande marge possible. Mercantile, merchandising, marchand, commerce, profit court-termiste : TOUT EST LIÉ et ce n’est pas près de s’inverser, même si, discrètement, une minorité visionnaire tente d’expliquer que le capitalisme tire à sa fin.

L’amour de l’argent : ennemi public numéro un

Dubitatif, on peut l’être, car peu de gens sont prêts à vivre autrement, à faire des efforts – tant la société de consommation les a habitués à ne pas en faire (d’effort). Surtout, le moteur de ce concept dévoyé étant basé sur la quête du profit immédiat, on ne voit pas très bien comment les choses changeraient tant que la principale cause de tout ce qui caractérise l’humain reste bien ancrée en lui : je veux parler de l’amour de l’argent. Car le hic n’est pas l’argent, mais l’amour de celui-ci. La nuance est de taille. Tellement de taille que c’est ce qui met notre monde à genoux.

Ce n’est donc pas l’argent le problème, mais bel et bien son “amour”, l’attrait pour la possession, l’envie de richesse pour la richesse, synonyme de pouvoir. Du moins telles que fonctionnent nos sociétés avec pour effet une surconsommation morbide et source de déchets problématiques. Il est évident que baisser les bras serait plus facile devant tant de nœuds inextricables fabriqués de décennies en décennies par une démographie galopante.

La COP21 médiatisée

Alors comment, me direz-vous, comment une énième conférence, comme la prochaine COP21 2015, fut-elle mondiale, pourrait tout à coup déclencher des solutions, ou plutôt construire un pont entre des prises de conscience balbutiantes et des actions, en profondeur, sur le terrain ?
Ne soyons pas dupes. On ne fait que parler (sans conviction) de ce rendez-vous à coup de ” c’est maintenant ou jamais “, sous-entendu, on va faire quelque chose.

Mais il va falloir apprendre à rêver très très fort pour imaginer pouvoir mettre d’accord près de 200 pays sur des sujets vitaux. Quelques petits accords sortiront ici ou là peut-être (sachant que signature et application sur le terrain sont deux choses parfois différentes), mais en dehors de quelques Rustines portées par un buzz bien léché, on peut être sûr que, dès janvier 2016, les particules fines continueront leur danse autour du périph de toutes les villes du monde, que les centrales nucléaires obsolètes continueront à être des bombes à retardement, que les produits chimiques continueront leur mélange perverse au nom des actionnaires de bigpharma, que les usines continueront de produire des produits peu ou pas biodégradables, que les agriculteurs intensifs continueront de saupoudrer la terre, déjà asphyxiée, de pesticides délétères.

Et maintenant ?

Alors certes, on revoit légèrement notre impact sur certains points à coup de mesurettes, mais (et pour paraphraser le livre de Nicolas Hulot) tel le Titanic lancé à tout allure, freiner pour éviter “l’iceberg” géant de notre propre pollution, qui grandit à vue d’œil, s’avère bien trop tard. Les changements de cap – même s’ils sont réels par endroits – sont si infimes à l’échelle de la planète et de sa folle production quotidienne, que l’avenir proche ne risque pas d’être une partie de plaisir.

L’urgence aurait dû déjà avoir lieu dès 1973, au moment de la première crise pétrolière ; mais anticipation pour le bien commun et ambitions politiques personnelles font rarement bon ménage. Question de calendrier, entre autres…

Nous en sommes donc depuis quatre décennies à constater la merdouille (euphémisme) que nous avons engendrée EN MOINS DE CENT ANS, entourés, cernés que nous sommes par notre propre inconséquence (certains ne la découvrent que depuis peu…) : l’environnement chimique, mais aussi sonore, visuel, ce que nous avalons, buvons, respirons, touchons, portons sur nous (du moins pour ceux qui ne regardent pas les étiquettes et ne se posent pas de questions) : tout est suspect.

Oui ! plus de QUARANTE ANS : “on” savait, “on” pouvait prévoir et anticiper, “on” a préféré faire l’autruche.

Depuis, la plupart ont démissionné “à quoi bon, c’est trop tard, jouissons du plaisir éphémère qu’il nous reste“, devenant même fatalistes face aux allergies de leurs rejetons ; d’autres se lamentent, appliquent des économies de bouts de chandelle en fermant la lumière derrière eux, histoire de passer pour “écolo-responsables” ; enfin d’autres, trop peu encore, agissent au mieux à la fois dans leur vie quotidienne, pour la santé de la Terre et pour la leur.

Lueur d’espoir, aux États-Unis et ailleurs dans le monde, des agriculteurs rallient des associations pour un retour à des produits naturels (organic), et pétitionnent pour des campagnes anti-ogm. Beaucoup d’acteurs agissent parallèlement. Le plus dingue est qu’il existe des solutions sous notre nez, et depuis longtemps. Certains s’emploient à les développer depuis quelques décennies. Leur application est malheureusement trop lente.

Car, encore une fois, compte tenu de l’urgence et du pouvoir de quelques multinationales (qui se fichent bien d’être montrées du doigt), le temps de passer à des activités moins frénétiquement énergivores et polluantes sur l’ensemble de la planète, semble bien compromis, sans parler de la non-volonté des pouvoirs publics dans ce domaine. Le seul mot de vocabulaire qui continue de fleurir leur récurrente langue de bois est “croissance”.

Bien sûr, ce tableau peut paraître sombre et négatif et pour le moins rabat-joie – et d’ailleurs très éloigné de la nature positive de votre rédactrice. Néanmoins, on n’a plus le temps de faire l’autruche. À un moment, la réalité nous rattrape. C’est là qu’il faut commencer à être sérieux, à être tout simplement… adulte !

L’urgent virage n’est pas pris en raison d’enjeux économiques

Alors certes, de plus en plus de citoyens se réveillent, décident de faire autrement, de se rassembler pour développer des approches locales plus douces et naturelles.
Se développent aussi de formidables innovations réellement alternatives, mais lorsque vous avez une idée soit pour dépolluer, soit pour manger mieux, ou pour apporter une énergie réellement recyclable, au moment de trouver les moyens de le faire (retour à l’argent, toujours le nerf de la guerre), le tout premier et unique critère mit en avant pour que l’on vous aide, est ” est-ce que c’est rentable ?  “. En gros, faites-nous un business plan et si ça rapporte, alors on verra – comme si l’enjeu de la planète, de leur environnement, de leur avenir ne les concernait pas. C’est le cas… Si la preuve est montrée que le projet est viable au-delà des espérances (financièrement s’entend), alors comme par magie, vous voyez déferler banquiers et autres investisseurs, voire politiciens récupérateurs. ” Voyez, on est écolos, on l’aime notre terre “. La philanthropie n’est guère de ce monde, la mauvaise foi et l’opportunisme en revanche…

C’est la caractéristique de l’Homme sur le reste du vivant, que d’avoir un duel perpétuel entre conscience et inconscience, le plaçant en permanence face à sa finitude, engendrant de fait, de fluctuantes mais incontournables névroses, sources de contradictions auto-destructrices.

Mettre son ego au porte-manteau ? Ce n’est pas de sitôt car hélas, telle est, dans sa grande majorité, la nature humaine.

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