Test : des applications mobiles défient la pollution de l’air

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Depuis quelques mois, dans le monde des applications, certaines surfent sur la problématique de l’environnement (euphémisme).
J’ai voulu tester ces données. Voici mon expérience.

PlumeLabs

J’ai téléchargé l’appli PlumeLabs vers le 25 janvier après être tombée sur l’interview de son fondateur qui en faisait la promotion sur France Info. Il avait l’air tellement enthousiasmé (quand on est entrepreneur et que l’on croit à son produit, on est toujours passionné), que je me souviens avoir pensé : chouette, enfin un outil de mesure qui a l’air au point, et qui va m’indiquer des chiffres réels parce que je suis maso.

Je l’ai téléchargée facilement et son fonctionnement est vite compréhensible. Ok. Je cherche une bourgade… Évidemment, seules les grandes villes sont concernées et quelques villes moyennes, alors que la pollution n’a pas de frontières…

La mesure est divisée en 5 niveaux que j’appelle “tranches” :

air pur : de 0 à 20 (un scoop de nos jours)
pollution modérée : de 21 à 50 (mais déjà, pas bon de toute façon) > supérieur à la limite établie par l’OMS.
pollution forte : de 51 à 100 (très désagréable)
pollution très forte : de 101 à 150 (on ne sort pas de chez soi)
pollution extrême : à partir de 151 (je ne vous raconte même pas)

Il y a aussi 4 pictogrammes relatifs aux sorties et loisirs : jogging, vélo, enfants, repas ou verres en terrasse.
Ils changent de couleur selon les chiffres…

Vert (air pur)
Orange (à partir de pollution modérée)
Rouge (à partir de pollution forte)

Curieusement, même si l’air est dans la tranche “pollution modérée” et affiche les mêmes taux, les pictos sont soit oranges si l’on se trouve en province, soit verts si l’on se trouve à Paris… cela veut tout dire. Même chose pour Pékin, où les pictos apparaissent verts même en tranche “pollution modérée”, ce qui présume une rareté de l’air pur.
Non parce que sinon, vous comprenez, si on était logique, il n’y aurait jamais de pictos verts, sous-entendu, tous aux abris, mais il faut bien vivre quand même (ton ironique).

Je choisis ensuite mes villes de prédilection, celles où je travaille, où je passe et celles où famille et amis vivent : Paris, Vannes, Rennes, Londres, Brest, Lorient, Lyon, Versailles, Barcelone, San Francisco, Amsterdam, New York. Mais aussi d’autres : Madrid, Tokyo, Berlin, Montréal, Lille, Nantes, Moscou…

Enfin, par curiosité, je regarde les plus connues pour leur ciel dégagé (humour) : Pékin, Mexico…
La ville la plus polluée en continu, je dis bien en continu, est BOMBAY (vraiment la pire), suivie de près par CHENNAI (à l’Est de l’Inde, du côté de Pondichéry), avec des pics quasi permanents dans la tranche “pollution très forte” et même “pollution extrême”, qu’un corps humain ne peut tolérer.
Derrière, MEXICO est également à éviter absolument !

En France, l’air pur est une chimère

Concernant la France, l’application PlumeLabs s’appuie sur les chiffres d’un réseau de différentes stations soit 25 capteurs (DOM-TOM compris). Cette appli ne fait donc que partager des informations captées à des endroits précis.

Le niveau quotidien le plus courant dans les villes françaises est “pollution modérée”. Un niveau, selon ce qu’écrit très honnêtement PlumeLabs, déjà supérieur à la limite maximum pour 1 an, établie par l’OMS. Une exposition à long terme constitue un risque pour la santé.

Que ce soit clair : quelle que soit la ville où vous habitez, il vaut mieux faire votre footing ou du vélo uniquement au cœur de la nuit…

Même à Ajaccio, l’air à peu près pur ne vient que la nuit.

Le plus “drôle” est qu’on nous recommande d’aérer nos pièces à vivre (appartement ou maison), ce qui est en soi tout à fait logique. Le problème est qu’il vaut mieux savoir à l’instant-T, quelle est la condition de l’air intérieur et celle de l’air extérieur. Si l’extérieur est plus pollué que l’intérieur, je ne vois pas où est le bénéfice…
Au secours, Ubu, on marche sur la tête.

C’est mieux ailleurs ? bah non…

Sur la durée, Berlin est la grande ville la plus respirable d’Europe, si l’on se base sur cette application. Et même s’il peut arriver à celle-ci d’être en “pollution modérée”.

De toutes les grandes villes du monde, je vous conseille BERLIN ou VANCOUVER. C’est tout… Enfin, EDIMBOURG s’en tire bien aussi.

Ensuite, vous avez différentes grandes villes, aussi actives que des capitales : Francfort est une curiosité car son taux varie énormément, jouant les yo-yo entre “air pur”, “pollution modérée”, “fort”, “très forte”, une ligne en montagnes russes qui ne permet pas de trancher.
Le seul regret est qu’il n’y a aucune donnée sur l’Italie…

L’air de MONTRÉAL apparaît correct sur la durée.
Et, contrairement à ce que l’on pourrait croire de par son légendaire smog, la ville de SAN FRANCISCO semble plutôt vivable sur la durée.

J’ai regardé un maximum de villes aux mêmes heures et jours (sachant que les résultats dans chaque ville peuvent varier d’une minute à l’autre). Et puis beaucoup de paramètres entrent en ligne de compte comme le trafic routier (heures de pointe), l’activité des usines, et bien sûr la météo, particulièrement la direction du vent.

Exemple :
un dimanche de février à 12h, beau temps, nous avons :
à MOSCOU : “air pur” avec 12 O3 (my annuelle = 25) / 11 NO2 / 9 PM2.5 / 9 PM10.
à PARIS : “pollution modérée” avec 23 PM2.5 (my annuelle = 44) / 22 NO2 / 20 PM10 / 14 O3.

À savoir : il faut comprendre que ces indications se situent dans les tranches décrites au début de l’article.
Je reste donc sceptique car certaines données ne sont pas visibles à certaines heures : soit que le capteur ne transmet pas ou est défectueux, soit l’appli est défectueuse, soit il y a un énorme problème de pollution qu’on ne veut pas afficher.

Avantages de cette appli :
– on peut avoir une vision globale sur la semaine ainsi que sur plusieurs mois.
– elle explique les éléments : par exemple, que signifient les symboles à côté des chiffres, les causes de la pollution, les niveaux, les recommandations (que faire chez soi, et en cas de pic de pollution), les types de polluants, les échelles d’indice UV, etc.

Le problème est qu’on a souvent des données à H-1 minimum, plutôt H-3 ou H-5, voire J-1 parfiois, donc sans intérêt car impossible de savoir par exemple si l’on peut sortir ou ouvrir ses fenêtres au moment où on le souhaite ! L’appli est d’aucune utilité ici. Il faudrait une info en temps réel…

Mais de toute façon, même en connaissant ces chiffres (très inquiétants quand on y pense), la population ne peut pas arrêter ses activités… Cela ne sert donc pas à grand-chose.

Personnellement, même si un picto est orange et même si l’appli affiche un début de pollution modérée dans la ville où je me trouve, j’évite de sortir.
En toute logique, dans la tranche “pollution forte”, personne ne devrait sortir et tout le monde devrait porter un masque…

Par deux fois, j’ai remarqué des pics de très forte pollution sur la région de Vannes (préfecture du Morbihan, située au fond du golfe du même nom). Intriguée par d’énormes chiffres, au point d’atteindre à un moment la tranche “pollution extrême” (alors que seule la ville de CHENNAI en a habituellement la triste exclusivité) et légitimement inquiète (je suis en droit, comme tout citoyen, de savoir ce que je respire), j’ai tweeté l’info le 12 février.

   

Ni une ni deux, les gestionnaires d’une appli concurrente, basés en Angleterre, ont voulu me faire coucou en cliquant un “favori”, enfin un “aime” : en passant, merci Twitter pour ce changement très original (ton ironique).
Je télécharge alors Global Air Quality Monitoring & Forecast pour découvrir et tester cette nouvelle application (également gratuite et peu lourde) dont le nom exact est AirVisual.

AirVisual

Dans l’ensemble, au niveau du design et de l’ergonomie, elle est plus engageante que PlumeLabs, qui pourtant reste bien faite. Mais au niveau des villes, AirVisual est bien moins développée. Elle localise différents capteurs (plutôt dans les métropoles) et affiche directement sur une icône verte ou orange un chiffre, l’icône symbolisant la position géographique du capteur (ce qui est logique finalement, car à 1 km près, la qualité de l’air peut changer. En Bretagne, en dehors de Rennes, on ne peut voir aucun chiffre.
L’approche est différente, mais pas plus pratique.

Dans les deux cas, et sur le plan des données cette fois, tout ceci reste vraiment aléatoire, les niveaux de la qualité de l’air des villes est très fluctuant. Et même si l’on a une indication (pas toujours à l’heure exacte), on reste sur notre faim. Hormis le fait que les logos de ces appli sont sympas.

L’air est pollué, et après ?

Données ou pas, on le sait qu’un air pur ne se trouve aujourd’hui que sur la Lune. Ah non pardon, il n’y a pas d’atmosphère sur ce satellite. (D’accord, je blaguais). Le problème est que je commence à en avoir un peu assez de rire jaune, et de me demander à chaque fois que je suis obligée de sortir, si mes poumons vont respirer.
D’autant que ce n’est pas parce qu’on habite au bord de la mer, avec des vents d’ouest, que l’on peut se croire épargnés… Dès que le vent vient du nord-est (ça arrive), l’appli peut afficher la tranche “pollution forte”. On fait quoi alors ?

Pour moi, tout ceci est de la grosse foutaise.
Le monde est pollué, on le sait, et on va tous en crever. Ce type d’application peut aider éventuellement sur le moment à éviter de sortir. Mais a priori, et vu les chiffres découverts à différentes heures et dans différentes villes, je recommande à tout le monde… aucune activité. LOL. Et je ne parle pas des personnes âgées, des enfants, des femmes enceintes, de personnes asthmatiques ou fragilisées !

Après avoir mis mon nez (c’est le cas de le dire) dans ces deux applications, versions mobile et web, mais également sur des sites de mesure de la pollution et en recoupant les informations que je lis depuis deux décennies au sujet de la pollution (notamment de l’air), MA CONCLUSION est que toute sortie devrait se faire en portant un masque : pas un simple petit masque blanc de rien du tout (ces masques ne servent à rien), mais un vrai, un lourd, un hermétique qui préserve aussi les yeux (photo).

Certains penseront que j’exagère, qu’il n’y a qu’à regarder comme le soleil brille et comme le ciel est bleu… Le problème est que cela ne veut rien dire. Les pires pollutions sont souvent incolores et inodores. Il faut vraiment apprendre à lire les symboles et les chiffres, en sachant aussi que les limites établies par l’OMS sont en général bien au-dessus de ce qui est supportable pour un corps humain.
Je dis ça, je ne dis rien.

PM = particules fines (particular matters)
pm10 = particules inférieures à 10 microns ; pm2.5 = particules égalent à 2,5 microns.
NO = dioxyde d’azote
O = ozone
CO = monoxyde de carbone
SO = dioxyde de souffre
COV = composés organiques volatiles

Les PM sont le plus souvent issues du trafic routier (pots d’échappement…) et des activités humaines liées à l’énergie (chauffage). Donc il peut y avoir par exemple de très importants pics de pollution en PM l’hiver, surtout s’il fait froid.

Maintenant, tout dépend de l’endroit où vous vous trouvez car, rappelons-le, ces taux sont relevés à l’endroit précis où est implanté le capteur… Sans parler du vent qui joue un rôle important. Tout cela change de minute en minute. Ce qui ajoute à la difficulté de gérer sa propre exposition…

En résumé : bon courage à tous, et surtout bonne chance !

Je n’ai testé que deux applications sur le sujet, car toutes les applis se basent sur les mêmes sources ou quasiment. Il en existent plein d’autres, que ce soit sur IOS ou Androïd (attention, certaines sont payantes).

http://www.ouest-france.fr/environnement/pollution-quatre-applications-pour-controler-la-qualite-de-lair-3715600

http://www.ladepeche.fr/article/2015/04/08/2083259-pollution-applis-objets-connectes-surveiller-qualite-air.html

http://www.numerama.com/magazine/28748-pollution-air-applis-gadgets.html

Lire aussi applications et sites web pour suivre et comprendre la qualité de l’air.

Enfin, vous avez toujours Google Maps et le site informatif Prev’air.

Lire aussi Pollution de l’air : quels risques pour quels niveaux de protection ?

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